mercredi, novembre 15, 2006

Le Père Noël au Darfour

Par Jacques Rancourt
9e péripétie de la saga humoristique pour adultes avertis
Sommaire des autres péripéties

9e rappel : Toute vraisemblance avec le vrai Père Noël est le fruit de votre imagination. Hier, j'étais à Nairobi au Kenya pour conscientiser les imbéciles qui polluent notre planète. Aujourd'hui, je vais dans un autre pays d'Afrique où les humains s'entretuent du mieux qu'ils peuvent. Allons observer l'oubliée tragédie du Darfour au Soudan où l'ONU révèle une fois de plus son impuissance.

Le Père Noël au Darfour

Je suis le Père Noël
Je suis une ordure
Je cours observer le Darfour
Je suis dans cette région meurtrie du Soudan

Je ne sais pas où se situe le conflit
Je ne sais pas si c’est un génocide
Je suis un Père Noël inculte
Je ne connais que la mystification

Je ne sais pas si c’est un nettoyage ethnique
Je ne connais pas ces milices Janjawid
Je marche parmi ces millions d’exilés par elles
J’ai vraiment l’air fou dans mon accoutrement

Je ne sais pas pourquoi elles violent impunément
Je ne sais pas pourquoi elles tuent impunément
Je ne sais pas pourquoi elles kidnappent impunément
Je suis un ignare des questions internationales

Je ne suis pas un cavalier noir armé d’un kalachnikov
Je ne suis pas un pauvre qui se bat contre les pauvres
Je suis le riche qui appauvrit les pauvres
Je suis le mercenaire du capitalisme

Je n’ai rien su de la famine de 1985
J’ai fermé les yeux comme l’Onu
Je ne suis pas armé par le gouvernement de Khartoum
Je promène ma poche de cadeaux tout simplement

Je constate la désertification au Nord du Darfour
Je comprends les nomades à chercher des terres au Sud
Je vois des villages attaqués la nuit
Je suis le pire des impuissants

Je foule le sol où se déroule une guerre coloniale
Je vois que cette guerre est menée par Khartoum
J’assiste à une guerre d’exploitation économique
Je suis mal placé pour faire la morale

Je serai courtisé par les grandes compagnies agro-industrielles du Golfe
Je vois un gouvernement qui ne cherche à développer rien
Je constate l’insuffisance et l’hypocrisie de la communauté internationale
Je suis tellement embêté par ce conflit et je me sens tellement con

Je suis au Darfour
Je ne sais pas ce que je fais là
Je suis le Père Noël
J’observe cette immense bavure

Le Père Noël défend le protocole de Kyoto

Par Jacques Rancourt
8e péripétie de la saga humoristique pour adultes avertis
Sommaire des autres péripéties

8e rappel : Toute ressemblance avec le vrai Père Noël est le fruit de votre imagination. Je sais que se déroule aujourd'hui une conférence sur les changements climatiques à Nairobi au Kenia. Comme je vis dans le Grand Nord canadien, je veux me désolidariser de la position du gouvernement conservateur de Harper. Sa position ne reflète pas celle des Québécois et celle de l'ensemble des Canadiens. D'ailleurs, il dirige un gouvernement minoritaire.

Le Père Noël défend le protocole de Kyoto

Je suis le Père Noël
Je suis une ordure qui veut respecter la nature
Je milite pour le respect du protocole de Kyoto
Je suis victime du réchauffement dans le Grand Nord

Je vois les glaces fondre dans mon Grand Nord
Je vois le froid moins froid, l’hiver moins long
Je ne veux pas que le Nord devienne la Floride
Je ne veux pas me départir de mon chaud costume

Je suis contre la position de Harper à Nairobi
Je sais qu’il dirige un gouvernement minoritaire
Je sais qu’il ne représente pas la position du Québec
Je sais que les partis d’opposition rejettent sa position

Je sais que l’hydro électricité pollue moins que les sables bitumineux
Je sais que Harper est albertain et protège l’Alberta
Je sais qu’il refuse les sommes promises au Québec
Je sais qu’il se ferme les yeux sur ce problème

Je sais qu’Ottawa ne veut pas accorder 45 secondes à Béchard
Je sais que Béchard a une entente secrète avec Rona Ambrose
Je sais qu’il a promis de ne pas écorcher Ottawa à Nairobi
Je sais que Harper est attaqué de toutes parts à Nairobi

Je sais que notre planète est malade
Je sais qu’il faut arrêter de la polluer
Je sais que tous doivent s’impliquer
Je sais qu’il faut le faire savoir aux politiciens

Je suis à Nairobi au Kenya
Je ne sais pas ce que je fais là
Je suis le Père Noël
Je veux respirer de l’air pur

lundi, novembre 13, 2006

Recueil de poèmes de Rosalie Lessard

Le Père Noël fait relâche aujourd'hui pour vous faire connaître une jeune écrivaine et poétesse québécoise.
Il s'agit de ma nièce et filleule Rosalie Lessard.

Le jeudi 9 novembre, au Saint-Sulpice sur la rue Saint-Denis à Montréal, les Écrits des Forges lançaient le second recueil de Rosalie Lessard : La Chair est un refuge plus poignant que l’espace. La célèbre maison de poésie procédait à un lancement collectif ; étaient donc aussi lancés les derniers recueils de Claude Beausoleil, François Charron, Yolande Villemaire… Rosalie a eu l’occasion de lire quelques-uns de ses poèmes.

La Chair est un refuge plus poignant que l’espace scrute l’écart et l’union, décortique les liens qui unissent les êtres. À quelle distance doit-on se tenir les uns des autres ? À quelle distance de soi ? Quel espace ramène à soi ? Quel espace déroute ? Quelle relation peut nous rétablir? Comment exister dans l’amour sans se détruire?



Présentation du recueil


Dans sa langue épurée, le second recueil de Rosalie Lessard raconte l’histoire d’un exil. Un homme quitte son pays pour une femme, dont la voix porte le recueil :

tu quittes une terre pour un corps
mue des désirs
la chair est un refuge plus poignant que l’espace

Vivre avec un exilé, c’est entrer soi-même en exil, c’est accepter de devenir « corps d’attache / chair d’asile », creuset de l’identité de l’autre, c’est consentir à « remodeler le vide / ton regard sur le mien », à partager une histoire, une parole. Accepter de donner ses « souvenirs à boire / très chauds / pour rendre le nouveau monde présent ».

C’est également devenir traducteur du sensible – paysage, langage, imaginaire. C’est donc aussi déplacer ses yeux, aborder le monde depuis ses bords, ses limites, depuis la différence, dans l’éloignement et la nécessité de comprendre, d’expliquer, de donner un sens au réel qui, au premier regard, est indéchiffrable.

Le recueil dépeint donc une expérience d’expatriation culturelle qui donne lieu à une déportation intérieure, à une « migration sous terre » :

voix d’érosion
les manies et le sens transplantés
l’immigré à plat ventre
éviter le tir
d’un oubli plus total

L’œuvre de Rosalie Lessard spécule sur l’inquiétante fusion amoureuse, ce « volcan sans fenêtre », sur l’intimité, tendre et déchirante, puis sur la rupture, distance retrouvée, « la chambre où tu n’es pas / un corps à soi ».

tu m’offres des fleurs dont je ne peux prendre soin
il n’y a qu’à regarder
vivre et mourir

il n’y a toujours que soi
dans un décor qui n’en finit plus d’apparaître
soi dans les yeux et les fleurs
soi
un doigt une voix qui pointe le réel
soi derrière l’amoureux la maison le voyage
décalé décodé soi

tu m’offres des fleurs dont je ne peux prendre soin
il n’y a qu’à se regarder
vivre et mourir


Le recueil se referme sur l’esquisse et l’interrogation de quelques formes d’exil social et existentiel, notamment « la distance en soi » qu’implique tout acte terroriste :

ils ont pris une école en otage

les mains peuvent-elles tout faire
sans domicile fixe,
démolir le savant désordre du cosmos

loin des yeux
un sablier problématique avale une vaste plage

ils n’ont jamais vécu
jamais joué
ou si peu
les mains nues


Quelques liens Internet concernant Rosalie Lessard

Biographie courte
http://fr.wikipedia.org/wiki/Rosalie_Lessard

Les Écrits des Forges (Photo du recueil)
http://www.ecritsdesforges.com/2006/lachairestunrefuge.shtml

Festival international de poésie de Trois-Rivières
http://www.fiptr.com/FIPTR-fr/quoideneuf/quoideneuf_2006.html

Festival international de poésie de Manzanillo (Mexique)
http://www.oqaj.gouv.qc.ca/francais/nouvelles/n251105.html

Salon du livre de Montréal
http://www.salondulivredemontreal.com/

dimanche, novembre 12, 2006

Le Père Noël au Temple de la renommée

Par Jacques Rancourt
7e péripétie de la saga humoristique pour adultes avertis
Sommaire des autres péripéties

7e rappel : Toute ressemblance avec le vrai Père Noël est le fruit de votre imagination. J'essaie aujourd'hui de faire oeuvre utile ou inutile i.e. accompagné Patrick Roy, l'entraîneur des Rempart de Québec à Toronto. Cela me sortira du cauchemar vécu chez Wal-Mart.

Le Père Noël au Temple de la renommée

Je suis le Père Noël
Je suis une ordure qui veut se donner de l’allure
J’accompagne Patrick Roy au Temple de la renommée
Je dois l’amener de force à la cérémonie d’intronisation

Je comprends sa tristesse d’être sacré si jeune
Je suis comme lui irrité et en même temps souriant
Je sais que Patrick y va à reculons
Je sais qu’il a passé à autre chose maintenant

J’aimerais moi aussi passer à autre chose demain
Je suis piégé par le système capitaliste
Je joue cette comédie pour faire sonner les tiroirs-caisses
Je sais que le tiroir-caisse sonnera lundi à Toronto

J’entends bourdonner ton sarcasme sur Latendresse
Je déplore comme toi la commotion suscitée par cette blague
Je suis heureux moi aussi que Latendresse touche à la rondelle
Je donne en cadeaux aux ados tellement de ces bébelles

Je suis totalement fasciné par ce morceau de caoutchouc
Je vois qu’il fait courir et vibrer des foules
Je sais que la foule se défoule sur ce qui la refoule
Je lancerais cette rondelle contre une poubelle

J’accompagne Patrick au Temple de la renommée
Je ne sais pas ce que je fais là
Je suis le Père Noël
Je suis à Toronto la pure et j’en ai cure

vendredi, novembre 10, 2006

Le Père Noël chez Wal-Mart

Par Jacques Rancourt
6e péripétie de la saga humoristique pour adultes avertis
Sommaire des autres péripéties

6e rappel : Toute ressemblance avec le vrai Père Noël est le fruit de votre imagination. Le Père Noël se défoule... Aujourd'hui, je retourne subir mon destin et rencontrer des bambins... Méchante expérience! Je m'en serais bien passé comme vous le constaterez. Rien pour me mettre de bonne humeur...

Le Père Noël chez Wal-Mart

Je suis le Père Noël
Je suis une ordure
Je suis conscrit à contrecoeur chez Wal-Mart
Je dois me faire asseoir des centaines de bambins

J’ai mal aux genoux à cause de mon arthrite
Je vois déjà une marée de bambins et de mamans
Je sens déjà la merde dans la couche de certains
Je dois cruellement subir mon cruel destin

Je reçois tout un crachat du premier bambin
Je suis certain que c’est un maudit enfant roi
Je lui fais une grimace et William se sauve en pleurant
Je m’emmerde cruellement dans cette maudite galère

J’entends Samuel me dire qu’il hait ses parents
Je vois Noémie refuser mon cadeau en rechignant
J’assiste sidéré au refus de Magan de venir s’asseoir
J’aimerais fuir ce maudit Wal-Mart à la con

J’entends à peine les bribes de mots d’Ariane et d’Alexis
J’admire le silence très prolongé de Jade et de Thomas
Je me fais tirer la barbe par Mathis et Jeremy
J’ai failli leur arracher les oreilles à ces petits cons

Je suis fourbu et totalement crevé de fatigue
Je suis sur le point de sombrer dans la démence
Je ne vois plus les Léa, les Sarah, les Laurie, les Anthony
Je ne vois que des scories, des consommateurs à tout prix

Je prie Uniprix, Familiprix, Maxi, Sears, Zellers de m’oublier
Je crie à qui veut m’entendre que je ne suis plus capable
Je demande à Karl Marx de venir me kidnapper
Je suis la plus abominable immondice de la terre

Je suis très malheureusement dans un Wal-Mart
Je ne sais pas ce que je fais là
Je suis le Père Noël
Je suis un vil insecte baignant dans sa chiure

jeudi, novembre 09, 2006

Le Père Noël dans le ranch de Bush

Par Jacques Rancourt
5e péripétie de la saga humoristique pour adultes avertis
Sommaire des autres péripéties

5e rappel : Toute ressemblance avec le vrai Père Noël est le fruit de votre imagination. Le Père Noël se défoule... Aujourd'hui, il vit la mauvaise humeur des Étasuniens qui ont semoncé leur faucon de Président. Est-ce que la visite du Père Noël dans son ranch sera un baume sur ses plaies vives ?

Le Père Noël dans le ranch de Bush

Je suis le Père Noël
Je suis une ordure
Je m’évade au Texas dans ton ranch, cher Bush
Je veux respirer l’odeur de ton fumier

Je te vois Bush te reposant de la débâcle de mi-mandat
Je veux sentir tes humeurs à Crawford
Je me sens loin dans ton Texas profond
Je me sens animal parmi tes animaux

Je te vois triste marchant dans ton clos
Je vois l’ombre de Nancy Pelosi qui te suit
Je te sens regretter la jadis Nancy Reagan
Je te sens ruminer comme tes bêtes

J’ai su que tu as flushé Rumsfled, symbole de l’enlisement irakien
Je vois que tu as pilé sur ton orgueil, ton arrogance, ton idée fixe
Je constate que tu as perdu ton référendum sur l’Irak
Je te vois caresser tes bêtes complices de ton humiliation

Je voudrais te donner des étrennes, des Ah! Ah! Oh! Oh!
Je voudrais t’embrasser au risque d’une méprise
Je te sens bête parmi tes bêtes
Je sens que la vérité du vote a démasqué tes mensonges

Je sais que tu es un manipulateur tout comme moi
Je sais que tu ne peux pas toujours mentir comme moi
Je sais que tu incarnes le capitalisme comme moi
Je sais que tu dois être démasqué comme moi

Je suis à Crawford au Texas
Je ne sais pas ce que je fais là
Je suis le Père Noël
Je me sens avec Bush comme un animal en pâture

mercredi, novembre 08, 2006

Le Père Noël en Irak

Par Jacques Rancourt
4e péripétie de la saga humoristique pour adultes avertis
Sommaire des autres péripéties

4e rappel : Toute ressemblance avec le vrai Père Noël est le fruit de votre imagination. Le Père Noël s'autocritique. Il fait une méchante prise de conscience... Faut dire qu'il vit une période masochiste. Faut-il en rire ou en pleurer? À vous d'en juger! L'irak, quel bourbier! Comment les Étatsuniens vont-ils s'en sortir? Dire qu'avec ces milliards, on donnerait à manger et un toît à toute l'Afrique...

Le Père Noël en Irak

Je suis le Père Noël
Je suis une ordure
Je m’imagine en Irak
Je dénombre 654 000 Irakiens tués

Je dois sauver ma peau
Je me fais tirer par des Sunnites
Je me fais viser par des Chiites
Je dois me terrer, éviter les tirs

Je suis loin d’être invisible
J’ai tout un costume
Je suis rouge de honte tout comme lui
Je marche dans Bagdad sans bruit

Je n’ai pas de clochettes
Je n’ai pas de sac de jouets
J’observe l’absurdité de cette guerre
Je me tais et je me terre

Je symbolise le mal pour un mollah
Je ne m’aventure pas dans une mosquée
Je me ferais pointer du doigt
Je me ferais vilipender et conspuer

Je suis mal à l’aise en Irak
Je ne puis croiser le regard d’un enfant
Je n’ai rien à offrir à sa mère
Je sue à grosses gouttes d’eau

Je suis en Irak
Je ne sais pas ce que je fais là
Je suis le Père Noël
Je suis une écorchure