vendredi, juillet 06, 2007

Conjurer le vide pathétique

Par Jacques Rancourt
Mes autres poèmes
Conjurer le vide pathétique

Elle était désespérée
Elle cherchait à comprendre
Elle avait tout ce qu’on peut
La beauté, la richesse, la gloire

Dans le silence de la nuit
Elle vivait un vide pathétique
Coincée par la tradition, par les us et coutumes
Dominée par les idées ambiantes

La réussite de sa vie n’était qu’un échec
Elle se sentait impuissante, révoltée
Les hommes étaient tellement sourds
Les hommes étaient tellement aveugles

Invoquer un dieu ou une déesse dans un cénacle
Prier dans une obscure église de campagne
Refaire le chemin de Compostelle
Aller au Vatican ou à la Mecque

Le vide, le silence devenait insupportable
Elle vivait le déséquilibre de son monde
Elle craignait le prochain virage à venir
Ce virage allait la précipiter dans le vide plein

Elle commença à se regarder différemment
Elle commença à regarder le monde différemment
Elle découvrit une sagesse supérieure
Elle commença à écouter son moi profond

Elle a choisi de suivre ses propres pas
Elle refusa ce que la société lui imposait
Elle ne se soucia que de l’aujourd’hui
Elle constata que l’amour est

mardi, juin 26, 2007

Plongeon rétro

Par Jacques Rancourt
Mes autres poèmes
Plongeon rétro

Maintenant le présent n’existe plus
Quelques séquences du passé tout au plus
L’imagerie intérieure n’est pas celle du dehors
Remontent à la surface d’autres décors

Maintenant il vit reclus dans son passé
Quelques rares apparitions à la surface
Le dehors ne correspond plus au-dedans
Ses proches sont maintenant des étrangers

Toute une vie qui bascule
Tout un plongeon dans le passé
Voilà ce que vit ce vieil oncle
Voilà ce que vit cette belle-mère

La tristesse se lit dans le regard des aidants
Ils sentent toute l’impuissance les gagner
Se balader avec eux dans le lointain passé
Vouloir les ramener dans la proche réalité

Comment leur apporter un peu de soleil
Comment ne pas souffrir dans leur détresse
Séparés des leurs et emmurés dans leur solitude
Ils sont hélas des morts-vivants perdus dans le présent
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Photo prise par Jacques Rancourt sur la route hivernale de Saint-Benjamin (Québec, Canada)

samedi, juin 23, 2007

Elle n’est plus là

Par Jacques Rancourt

Elle n’est plus là

Elle n’est plus là
La fourmi que je regardais
Elle n’est plus là
La sauterelle sur ma jambe

Elle n’est plus là
La rose déjà fanée
Elle n’est plus là
La tulipe printanière

Elle n’est plus là
La chatte qui traversait la rue
Elle n’est plus là
L’alouette dans ma mangeoire

Elle n’est plus là
La fumée dévastatrice
Elle n’est plus là
La rosée matinale

Elle n’est plus là
La femme et son visage
Elle n’est plus là
La femme et sa musique

jeudi, juin 21, 2007

Une bouteille à la mer

Par Jacques Rancourt
Mes autres poèmes
Une bouteille à la mer

Poétiser sur la mer
Quand tu vis dans les terres
Cela vraiment m’atterre
Cela me jette complètement à terre

Je me sens comme une épave
Au fond de la mer
Oublié depuis des lunes
Le doigt rouillé comme l’ancre

Combien de verres dois-je ingurgiter
Pour exprimer envers et contre tous
L’effet pervers de la carence des vers
Que le merle attend depuis hier

En désespoir pourquoi pas
Lancer une bouteille à la mer
J’y glisserai quelques vers
Que la mer portera en Angleterre

La Dame les cueillera sur les berges
De la Mer du Nord parmi les coquillages
Elle les cachera dans son joli corsage
Elle les dégustera dans sa cache à Durham

Ces vers feront sourire la Dame
Ils évoqueront la rivière Chaudière
Ils épilogueront sur le fleuve Saint-Laurent
Ils parleront du lointain Atlantique
Ils oublieront la bête humaine
Ils ne souffleront mot de la saga noëlique
Ils laisseront les bovins paître en paix
Ils divagueront sans trop faire de vagues
La Dame émue étreindra contre ses seins
Cette bouteille à la mer venue d’Outre-Atlantique

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Illustration : Heather Massey, "Message in a Bottle", Deviant Art

mercredi, juin 20, 2007

Le nouveau quai du Gorgotton

Par Jacques Rancourt
Mes autres poèmes
Le nouveau quai du Gorgotton
Ils sont de la race
Des défricheurs
Des constructeurs
Des créateurs

Ils sont partis vers le Nord
Emportés par l’enthousiasme
Ériger un quai au lac Gorgotton
Laissant leurs épouses inquiètes
Affrontant des périls incroyables
Risquant leur vie et leur camion
Ils déchargèrent leur précieuse cargaison
Sur les bord du lac magique et poissonneux
Quelle tâche énorme les attendait
C’était la désolation totale
Quelques bouts de bois jonchaient la rive
Il fallait préparer le terrain pour l’érection du quai
Sans perdre une minute ils se mirent au travail
Un va et vient continuel qui frisait la frénésie
On courait, discutait, clouait, érigeait
Une urgence constructrice les tenaillait

Il y a bien eu des moments de déprime
Deux solides gaillards quittèrent les lieux
Ils n’en pouvaient plus exténués
Ils laissèrent dans leur sillage leurs compagnons

D’autres préfèrent bouffer pour oublier
Ils se firent un succulent repas
Ils burent un admirable liquide
Cela amena le calme et la sérénité

Ils se remirent au travail de nouveau
Rien ne pouvait les arrêter
Ils s’étaient juré de finir la job
Quitte à y laisser leur peau
C’est ainsi qu’apparut un bon matin le fameux quai
Il s’érigeait fièrement sur la rive du lac
Il attendait avec impatience les chaloupes
Il entendait les rires joyeux des futurs pêcheurs

Les bâtisseurs repartirent
Laissant le quai endormi
Les chaloupes firent de même
On attend le retour du Défi Gorgotton

mardi, juin 19, 2007

Mots coincés

Par Jacques Rancourt

Mots coincés

Dans la gorge ils restent
Ils ne veulent pas sortir
Ils auraient tant à dire
Ils auraient tant à dévoiler

Ces mots d’un père à son fils
Ces mots d’une mère à sa fille
Ces mots d’une fille à son père
Ces mots d’un fils à sa mère

Faudra-t-il une maladie cruelle
Faudra-t-il une mort soudaine
Faudra-t-il un imprévu de la vie
Faudra-t-il une fatalité quelconque

Décoincés ces maudits mots
Pour enfin dire ses émotions
Pour enfin lever le voile sur des ombres passées
Pour enfin lever les ambiguïtés qui enténèbrent la relation

Ces mots piaffent d’impatience
Ils veulent donner leur version
Ils veulent offrir leur perception
Ils veulent crever le ballon

Pourquoi attendre si longtemps
Ces mots d’appréciation
Ces mots de tendresse
Ces mots d’amour

Décoincez-vous maudits mots
Il n’est jamais trop tard
Les larmes jamais ne remplaceront
Ces mots coincés

dimanche, juin 17, 2007

Souvenirs sélectifs du paternel

Par Jacques Rancourt
Au pays des souvenirs
Mes autres poèmes

Souvenirs sélectifs du paternel

Ma mémoire se veut volontairement sélective
Je lui demande que de beaux souvenirs
Des souvenirs heureux de la jeunesse passée
Des moments de complicité filiale et familiale

Je demande à ma mémoire d’ignorer
Les images de grogne
Les clips d’autoritarisme
L’avalanche de jérémiades
Le contrôle inquisiteur
Le redresseur et le moralisateur

Que des souvenirs heureux lui dis-je
Souvenirs où il galopait avec un rejeton sur les épaules
Souvenirs où il berçait ses deux cadets
Sur les accoudoirs d’une chaise berceuse

Des souvenirs de la conduite de sa Ford 1952
Des souvenirs où il venait quérir son fils pensionnaire
Des souvenirs de fierté à conduire son cheval noir
Des souvenirs de cueillette de sirop d’érable

Des souvenirs de chantier et de travail en forêt
Des souvenirs de travaux bien faits
Des souvenirs de veaux et de vaches laitières
Des souvenirs de jardins et de prairies vertes

Des souvenirs de tracteur gris ou rouge
Des souvenirs de grange et de poulailler
Des souvenirs de veillée avec Hector
Des souvenirs d’église et de chapelets


Ah paternel tu aurais 95 ans aujourd’hui
Salue ta douce Florence où tu es
Tes fils et tes filles lèveront un verre pour toi
Au pays de l’Oncle Sam nous penserons à toi

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Photo d'Eugène remaniée par Mathieu tirée de l'album familial