dimanche, juillet 13, 2008

Vivement un rivage

Par Jacques Rancourt
Mes autres poèmes


Je suis une naufragée cherchant en vain un rivage
à l’horizon ou un pirate cherchant une victime
Je ne vois qu’une étendue d’eau infinie

Une vague impression de finitude me gagne
Épave humaine à la dérive je crie et je pleure
Le cormoran passe et le ciel est lourd de ses nuages

Se peut-il que je finisse ainsi mon humaine existence
Que les requins se délectent de ma chair féminine
Que les goélands se servent de moi comme un ultime dessert

Que ne suis-je pas égarée dans un désert
À la merci des serpents et des dunes de sable
Loin de tout oasis sans une chamelle en vue

Malgré tout la joie se lit sur mon visage
Il se peut que je sois une humaine gâtée
Que d’autres humains souffrent davantage

samedi, juillet 12, 2008

Récidive salutaire

Par Jacques Rancourt
Mes autres poèmes

Que vois-je en pleurs près de ma haie
Ces sanglots n’étaient pas le bruit d’un orage
Ces larmes bruissaient comme un outrage au silence
J’arrêtai prestement le moteur assourdissant de ma tondeuse

Je reconnus ma voisine éplorée que j’avais jadis consolée
Mon support lui avait permis de supporter les semaines et les mois
J’écartai les branches des thuyas et une vision d’horreur éclata
Une femme démolie dont les larmes arrosaient ma haie

Elle me fit signe d’approcher près d’elle
Elle voyait en moi le bienfaiteur plein de promesses
Une lueur d’espoir perlait dans le plus creux de ses yeux
Qu’espérait-elle de l’humble et timide mortel que je suis

Je n’irai pas par quatre chemins mon aimable voisin
Seul un contact physique pourra encore me sauver
Se disant elle laissa tomber son chemisier dénudant ses seins
La jupe partie loin comme poussée par un vent violent
La petite culotte virevolta et alla choir sur le carburateur
Nue telle que Dieu l’avait créée elle commença à me dévêtir

Même si mon gazon exigeait une coupe d’urgence
Même si je devais aller faire l’épicerie pour le souper
Même si je devais nettoyer le filtre de ma piscine
Même si j’avais un poème à écrire pour PoéSarts
Je m’abandonnai totalement à vivre ma légende personnelle
L’humaine à sauver comptait plus que tous ces travaux d’intendance
Un corps torturé dont l’âme ne savait plus que faire
Exigeait de moi le sacrifice ultime de ma plus grande disponibilité
C’est ainsi que ma voisine combla sa soif infinie d’amour
Ce qu’elle prit de moi me laissa épuisé et amaigri
Mais je fis d’elle la plus radieuse des nymphomanes

lundi, juin 30, 2008

Minimalisme

Par Jacques Rancourt
Oui certainement
Mais par contre
Non évidemment
Ou sans doute
Et si
Car en outre
Cependant ouvertement
Donc fermement
Or tellement
Ni sérieusement
Hélas euh
D’accord beurk
Halte exit

jeudi, juin 26, 2008

Dilemme

Par Jacques Rancourt
Mes autres poèmes

Noir ou blanc
Fermé ou ouvert
Hier ou demainPassé ou futur
Abondance ou disette
Petit ou grand
Ciel ou terreVivre ou mourir
Rire ou pleurerCourir ou ralentir
Éveil ou sommeilAnge ou bête
Question ou réponse
Amour ou haine
Guerre ou paix
Dictature ou démocratie
Religieux ou laïc
Homme ou femme
Maître ou esclave
Foi ou science
Poésie ou prose

dimanche, juin 22, 2008

Les mauvaises herbes

Par Jacques Rancourt
Mes autres poèmes

À quatre pattes comme une bête
Dans ma platebande au ras du sol
J’arrache les mauvaises herbes
Que mes frères herbivores aimeraient
Tant savourer et tant déguster

Dans cette position à dimension animale
Mon esprit vagabonde et se questionne
Il me chuchote de critiques secrets
Ah si tu pouvais arracher ainsi
Ce qui ne va pas dans le vaste monde

Il vient me chercher le toubib
Il connaît mon point faible
A-t-il parcouru les sentiers
De Compostelle avec moi
En quête d’un sens à tout

C’est évident que je passerais
Mes jours et mes nuits à éradiquer
Le mal, la bêtise humaine, l’inconscience
Mais je préfère arracher mes mauvaises herbes
Et mettre en valeur toutes mes belles fleurs


samedi, juin 14, 2008

Prière matinale à l’Inconnu

Par Jacques Rancourt
Mes autres poèmes

On prie Saint-Antoine
On prie Mère Teresa
On prie quand on est mal pris
On prie comme on crie
On prie quand on est en sursis
Accepte ma prière O illustre Inconnu

Souviens-toi O Inconnu
Ami de l’Enfant-Terrien
Et Père chéri de la déesse Terre
Qu’on n’a jamais entendu dire
Qu’aucun mortel qui a eu recours à Toi
Imploré ad nauseam ta protection
Ait été exaucé avec satisfaction

Animé d’une pareille méfiance
Je viens à Toi O Fidèle Somnifère
De l’affligé que je suis gémissant
Sous le poids de mes incertitudes
Je me prosterne à tes pieds
Et tout incrédule que je suis
J’ose disparaître devant Toi

N’accepte pas ma prière
Toi si impuissant envers ce mortel
Mais écoute-la quand même
Et essaie de l’exaucer
S’il te reste un semblant de couilles
Amen

vendredi, juin 13, 2008

Si j'étais Julie Couillard

Par Jacques Rancourt
Mes autres poèmes
Si j’étais Julie Couillard
Google afficherait 101 000 résultats
Je serais une star des médias
Je serais le sujet de conversation

Si j’étais Julie Couillard
J’aurais une poitrine généreuse
Je ferais saliver bien des mâles
Je serais reluquée avec envie

Si j’étais Julie Couillard
J’augmenterais les cotes d’écoute
Je serais courtisée par les médias
Je ferais la une de Bonne Semaine

Si j’étais Julie Couillard
Je ferais pleurer Maxime, Gilles et Doris
J’ébranlerais l’éthique conservatrice
Je ferais les délices de l’Opposition

Si j’étais Julie Couillard
Je serais la femme fatale
Je ferais perdre la raison
Je sèmerais la déraison
Je déchaînerais les passions

Si j’étais Julie Couillard
Je publierais un livre
Je serais vedette dans un film
Je poserais nue pour Playboy

Si j’étais Julie Couillard
Je serais morte de rire
Je rirais de ces cons

Je ferais don de mon corps à la science