samedi, juin 09, 2007

Deux urnes dans le même mausolée

Par Jacques Rancourt
Mes autres poèmes
Deux urnes dans le même mausolée

Étrange destin que ces deux voisins
L’une éjectée par son ignoble mari
Parti avec une plus jeune qu’elle
Lui cocufié par son énigmatique épouse
Partie avec un plus jeune que lui

L’esseulée trouva réconfort chez le voisin
Lui prouva concrètement sur le champ
Que son ex n’avait aucune raison de la délaisser
Le voisin qui a son tour vécu le même drame
Prouva à sa voisine qui tondait sa pelouse
Que son ex avait laissé un être extraordinaire

Chaque fois que les deux voisins tondaient leur pelouse
Ils arrêtaient le moteur et se réconfortaient mutuellement
Les multiples caresses et baisers apportaient la sérénité
Les orgasmes répétés mettaient un baume sur leurs plaies vives
Ils repartaient les moteurs et coupaient leur gazon à nouveau
Ils remerciaient la vie et ils souhaitaient que le gazon pousse vite

Après des mois et des années à se consoler mutuellement
Ils demandèrent qu’on place leur urne dans le même mausolée
Ils choisirent le cimetière Notre-Dame-des-Neiges
On plaça leur urne dans le mausolée La Pieta, celui des Italiens
Chaque dimanche les arrières-petits-enfants évoquèrent
Cette belle et triste histoire de ces deux êtres abandonnés

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Photo d'un mur de La Pieta au cimetière Notre-Dame-des-Neiges

jeudi, juin 07, 2007

Inconsolable voisine

Par Jacques Rancourt

Inconsolable voisine

Je tondais mon gazon
Elle étendue près de la haie
Pleurait, suffoquait et reniflait
Elle me fit signe d’arrêter le moteur

Mon mari vient de me quitter
Pour une plus jeune que moi
La voisine était pourtant jeune encore
À peine quarante ou cinquante ans

Qu’a-t-elle de plus que moi sauf l’âge
J’ai une belle apparence
Regarde je n’ai pas de vergetures
Je ne fais pas d’embonpoint

Elle fit tomber sa robe près de la tondeuse
Regarde ces cuisses et ces jambes
Aucune varice, aucune cellulite
Elle me fit pencher pour mieux voir

Dégrafant son soutien-gorge
Touche à mes seins ils sont fermes
Une seule caresse fait dresser les mamelons
Appuie ta bouche et tes lèvres et tu verras

Si au moins j’étais frigide
Un tout petit rien m’excite
Touche ma toison pubienne
Elle poussa un cri étrange

Je n’ai aucune inhibition
Je suis capable de fellation
Approche je vais te le prouver
Elle me fit monter au septième ciel

Je ne feins pas le plaisir lors d’une relation
Attends. Elle m’enfourcha comme une déchaînée
Un cri strident de plaisir accompagna son orgasme
Je compris qu’elle disait toute la vérité

Que dire ou que faire pour réconforter
Cette voisine si éplorée sinon une écoute attentive
La contrarier n’était pas le moment
Je plaçai par ma seule présence
Une lueur d’espérance dans ce cœur brisé
Elle reprit sa robe et je repartis mon moteur

Songeur je continuai à tondre mon gazon
Je ne comprenais vraiment pas
Pourquoi son homme l’avait quittée
Pour une plus jeune qu’elle
Je lui promis de tondre mon gazon
Souvent plus souvent très très souvent

mercredi, juin 06, 2007

Laura

Par Jacques Rancourt

Laura

Toi, l’américaine aimée
À quelque part en Ouganda
La faucheuse de vie a frappé
Un bête accident tout simplement

Pleine de projets
Pleine de joie de vivre
Éducatrice de tes enfants
Tu vas créer un vide irremplaçable

Implacable est le destin
Pourquoi toi
Question sans réponse
Tant de pleurs et difficiles consolations

Si au moins on savait où tu es
Si peu de réponses de ce côté
L’éphémère existence terrestre
Que de réflexions et que de questions

mardi, juin 05, 2007

Limpidité exténuée atténuée éternuée

Par Jacques Rancourt
Mes autres poèmes
Limpidité exténuée atténuée éternuée

Pif paf arabes arrachent et crachent
Talibs proscrits cris cris hauts hauts
Al qui aida yes Bush cache cache où
Bing bang sautés sautés encore encore

Pas fini fini oui oui pourri pourri
Demain tomorrow torrieux pieux vœux
Parlottes soliloques bloquent blocs
Déprime en crime cimes déciment

Afri faim miam miam pas pas bocou
Désert pas dessert désert pas eaux pas eaux
Sec pas sou pas saoul pôvres peau à peine
Pétrole pas intérêt pas Afri en friche pas riche

G8 embonpoint gros poings pas de points
Pas G point mieux eros G8 mal en point
Ki qui Kyoto autos trop pétro trop trop
UIUSQUE té Sam oncle honte honte

Deus hola allah boude pas faqueketchausse
Planète tite tite bleue moins moins avec trous
Assauts chars blindés débridés rouillés rêvé rêvé
Pacte Paix paître moutons rivières poissons contents

lundi, juin 04, 2007

Pluie et puis

Par Jacques Rancourt
Mes autres poèmes
Pluie et puis

Gouttes par gouttes elle tombe la pluie
Projets humains en déroute après la nuit
La terre boit et renvoie cette pluie
Coule et refoule le petit bisse

Nuages qui se dégonflent
Humains qui songent
Ciel ouvert bien couvert
Elle tombe sur le vert

Soleil bien caché
Humains enragés
Nuages bien placés
Elle sera longue la journée

Pluie fine et pluie dense
Humains pas de chance
Adieu la plage
Adieu le golf

Pluie et puis
Humains à demain
Gouttes à gouttes
Nature et culture
Horticulture
Gouttes
Gouttes
Gouttes
Fin de la pluie
Soleil lui reluit
Humains réjouis

samedi, juin 02, 2007

Des animaux aux humains

Par Jacques Rancourt
Mes autres poèmes

Des animaux aux humains

Poète, tu as poétisé sur les animaux
Ces derniers temps
Poète, pourquoi délaisses-tu les humains
Ces temps-ci
Tes animaux mangent, boivent, copulent
Les humains volent, tuent, escroquent
Ne méritent-ils pas quelques vers aussi

Les humains se haïssent et s’exploitent
Les humains délimitent leurs territoires
Les humains salivent à la richesse
Les humains adorent la gloire
Les humains construisent des bombes
Les humains érigent des murs
Les humains vident la nappe phréatique
Les humains pompent le pétrole
Les humains surpêchent
Les humains divisent la planète en pays
Les humains financent des armées

Est-ce à cause de cela que tu préfères les animaux
Mais il y a des missionnaires
Mais il y a des humanistes
Mais il y a des environnementalistes
Mais il y a des idéalistes
Mais il y a des sœurs contemplatives
Mais il y a des bénévoles
Mais il y a des aidants naturels

Le poète resta silencieux et songeur
On vit une larme ruisselé sur son visage
Il fit une longue marche dans la campagne
Une violente averse le laissa détrempé
Il revint chez lui transi par le froid
Le soleil restait bien caché derrière les nuages
Cette nuit-là il ne parvint pas à dormir
N’est-il pas lui aussi un humain parmi les humains

jeudi, mai 31, 2007

Le paradis des animaux

Par Jacques Rancourt
Mes autres poèmes

Le paradis des animaux

Dans le paradis des animaux
Y a des taureaux qui copulent
Des vaches qui se déhanchent
Au large des enclos
Dans le paradis des animaux
Y a des veaux qui dorment
Comme de jeunes tourtereaux
Le long des berges sacrées
Dans le paradis des animaux
Y a d’autres boeufs qui beuglent
Pleins d’idées lubriques
Aux premières lueurs
Mais dans le paradis des animaux
Y a des espoirs qui naissent
Dans la chaleur épaisse
Des langueurs paradisiaques
Dans le paradis des animaux
Y a des vaches qui broutent
Dans des prairies trop abondantes
Des trèfles pullulent
Elles vous en mettent plein la gueule
À croquer la fortune
À décoiffer la lune
À bouffer des haubans
Et ça sent le bon foin
Jusque dans le cœur des prairies
Que leurs grosses pattes invitent
À revenir en plus
Puis se lèvent en courant
Dans un bruit de tempête
Referment leurs margoulettes
Et sortent en rotant

Dans le paradis des animaux
Y a des boeufs qui mangent
En se frottant la panse
Sur la panse des vaches
Et ils tournent et ils dansent
Ils oublient cette terre et sa misère
Ils oublient l’Irak et l’Afghanistan
Ils oublient le Darfour et le Liban
Ils oublient ces humains monstrueux
Ils sont loin de toute cette misère
Et quand ils ont bien oublié cette terre
Se plantent le nez vers elle
Se mouchent dans les étoiles
Et ils pissent comme je pleure
Sur ces humains sans pareil
Dans le paradis des animaux
Dans le paradis des animaux
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À la manière de Jacques Brel