mardi, février 27, 2007

Solitaire et solidaire

Par Jacques Rancourt
Mes autres poèmes

Solitaire et solidaire

Solitaire dès la naissance
Solitaire dans la pensée
Solitaire dans la création
Solitaire dans l’amour
Solitaire dans la souffrance
Solitaire dans la mort

Solidaire dans la communauté
Solidaire dans la communication
Solidaire dans la coopération
Solidaire dans l’amour
Solidaire dans la compassion
Solidaire dans la vie

Solitaire mais solidaire
Solidaire mais solitaire

lundi, février 26, 2007

Le misocanthrope

Par Jacques Rancourt
La série Ocanthrope
Mes autres poèmes

Le misocanthrope

Il aime la solitude
Il fuit ses semblables
Il les trouve médiocres
Il les considère vaniteux

Il les voit faibles
Il rencontre des lâches
Il croise des salauds
Il s’éloigne des prétentieux

Il le voit voler son frère
Il le voit tuer son semblable
Il doute qu’il soit à l’image de Dieu
Il doute de sa si belle planète

Il constate la peste
Il rencontre la maladie d’Alzheimer
Il voit régner l’autisme
Il reconnaît la schizophrénie

Il trône sur une si belle planète
Il subit les ouragans
Il subit la sécheresse
Il subit les inondations
Il voit la souffrance animale

Il glorifie sa très belle planète
Il rejette les pédophiles
Il déjoue les arnaqueurs
Il maudit les taxateurs
Il s’éloigne des vendeurs de dope

Il est une copie de Dieu
Tout comme Michel-Ange
Tout comme Mozart
Tout comme Gandhi
Tout comme l’abbé Pierre

Il vit cruellement une réelle désespérance
Il entrevoit désespérément une vague espérance

samedi, février 24, 2007

Monologues de la solitude

Par Jacques Rancourt
Monologues
Mes autres poèmes

Monologues de la solitude

Je vis cloîtrée dans ma petite chambre
Je passe mes journées à me bercer
J’espère en vain la sonnerie du téléphone
J’attends en vain une quelconque visite

Je prie, je pleure, je m’ennuie
Je regarde mes quelques rares photos du passé
Je me remémore le visage de mon mari décédé
J’attends la visite de mes quelques enfants

Je jongle, je rumine, je m’étiole
J’étais jadis de toutes les associations
J’étais la reine de toutes les réunions
Je riais, je contais, j’étais heureuse

J’attends, j’espère, je me désole
Je chiale sur tout et sur rien
Je déteste la nourriture qu’on me sert
Je refuse leurs jeux enfantins

Je me plains, je maugrée, je maudis
Je dors très peu la nuit
Je souffre d’incontinence
J’ai les jambes enflées

J’ai mal, je boite, je souffre
Je ne vais plus à la messe
Je n’irai pas voter
Je ne m’intéresse plus à rien

Je tremble, j’angoisse, j’hallucine
J’attends désespérément l’issue fatale
J’ai peur d’agoniser et de mourir seule

Je suis la plus seule des solitaires

vendredi, février 23, 2007

Monologues d’une bête humaine pacifiée

Par Jacques Rancourt
Monologues
Mes autres poèmes

Monologues d’une bête humaine pacifiée

Je vis au présent
J’habite le présent
J’oublie les souvenirs
J’oublie les projets
J’oublie les rêves

Je n’espère rien
Je ne crains rien
Je suis serein
Je suis en paix
Je vis la béatitude

Finies les commotions
Finies les tribulations
Finies les agitations
Finies les interrogations`
Finies les négations

Infinies disponibilités
Infinies ouvertures
Infinies escapades
Infinies rencontres
Infinies et folles amours

jeudi, février 22, 2007

Monologues d’un corps en décrépitude

Par Jacques Rancourt
Monologues
Mes autres poèmes

Monologues d’un corps en décrépitude

1
Ce corps usé m’a transporté dans trop d’errances inutiles
Gérer ses maux m’apporte des délires à la limite du supportable
Petit à petit il se désagrège et me laisse dans un état d’hébétude
Comment avoir une oreille attentive quand cette même oreille
Me bourdonne des sons inaudibles et des refrains de fausses notes
Comment traverser monts et vaux quand la simple plaine me cause
Des peines insurmontables pour cette hanche gauche qui se disloque
M’abreuver du nectar des fleurs comme les abeilles est l’entreprise
La plus sotte quand la fulgurance d’une stomatite me laisse une bouche
Pleine de crevasses insatiables avec des goûts d’eaux contaminées

11
Je suis éreinté par la désespérance de déambuler avec des articulations
Toutes croches me laissant dans un état agonique et antinomique
Dire qu’il devait épurer le trop plein de mes beuveries ce rein qui
Regimbe et refuse sa fonctionnalité première et me renvoie aux fins
Dernières dans des temps non prévisibles pour ce mortel que je suis
Ce fleuve à l’orée de l’horizon que mes yeux décodent péniblement
Seul appel qui me donnait un répit à toute cette détresse dressée
Devant la fenêtre des anticipations futures d’escapades imaginaires
La fluvialité même m’est refusée moi marin en eaux troubles
Ayant parcouru à travers les Routards ces milliers de lieux secrets

111
Ne demandez pas à cette bête écorchée de sourire et de prendre pour acquis
Le temps dans cette attente héréditaire et misérable auquel je suis confiné
Même les regards sur les écorchures passées ne sont rien à côté des brûlures
Présentes et des projections futures que la folle du logis m’empoisonne
Je claudique ne sachant où ces pas rongés par les meurtrissures m’enverront
J’étouffe les cris de rage subite qui mettent ma gorge en feu et en désarroi
Ne me demandez pas d’être un gérant d’estrade pour vos pronostics présents
Je gère et digère à peine ces restes d’un corps en lambeaux sanguinolents
Je suis le reflet authentique de cette planète qui saute les plombs à rafistoler
La gangrène généralisée monte sur ce seul esquif où on se cassera la gueule

mardi, février 20, 2007

Monologues de l’aliénation d’un autre temps

Par Jacques Rancourt
Monologues
Mes autres poèmes

Monologues de l’aliénation d’un autre temps

1
Je me promène parfois dans mes mémoires
Je revois dans les recoins de la maison de mon enfance
Tant de cadavres cachés frileux et pieux
Je ne puis croire que tant de sottises ont peuplé
L’émergence des forces de vie annihilées
Par tant de remontrances et de prescriptions loufoques
Abuser de la verdeur de l’innocence est la honte
Inconsciente d’une époque révolue et à oublier

11
La plupart du temps j’achetais ces inepties
Je m’empêchais de vivre mes pulsions libératrices
Je côtoyais tant de négations et de subjectivismes
Que je restais aveuglé et incapable de voir autrement
Jamais quelqu’un n’a osé tirer la sonnette d’alarme
Jamais on a tenté de me sortir des dépendances
J’errais avec un vague à l’âme non identifié
J’édulcorais la réalité par peur de perdre la raison

111
La prison de mon enfance a fortifié ses murs
Jusqu’à l’adolescence les barreaux empêchaient toute fuite
Je ne pensais même pas fuir tant étaient apprivoisées les inepties
La cohorte des âmes bien pensantes fortifiaient et congratulaient
Les imbéciles heureux pullulaient et je rongeais mon frein
J’étais mal dans mon corps et je haïssais mon âme
Le bonheur semblait aussi loin qu’une éventuelle délivrance

1V
À l’aube de l’âge adulte les griffes du destin m’enserrèrent lourdement
Je plongeai soudainement dans un monde si irréel et si mystique
Incapable de gifler le destin engluant j’errai dans mes extravagances
J’imaginai d’autres mondes et d’autres lieux à fouler pour déguerpir
Le scénario de ma vie s’écrivait dans l’encre des décideurs aveuglés
J’anticipais un destin à la mesure des insignifiances inséminées
Le réveil fut brutal et à la mesure de mes inconsciences abreuvées
Le chemin de la liberté fut un calvaire construit sur les cendres de ce passé renié