lundi, octobre 23, 2006

Revenir ou rester là

Photo prise lors d'un voyage dans l'Ouest américain. Il s'agit du geyser Old Faithfull.

Revenir ou rester là

On me croyait mort
On a été très surpris
On a un peu pleuré
On m’a quelque peu louangé
On m’a totalement incinéré
On a beaucoup festoyé
On m’a assez vite oublié
Business as usual

J’ai exploré ces nouveaux lieux
J’ai mesuré ce que représente l’éternité
Je me suis promené dans les galaxies
J’ai visité d’autres mondes
Je me suis questionné

Devrais-je me réincarner ?

En capitaliste
Pour exploiter les humains
Non jamais

En ministre du culte
Pour berner les humains
Non jamais

En politicien
Pour mentir à la population
Non jamais

En prolétaire
Pour quémander toute ma vie
Non jamais

En employé du mois
Pour faire jouir mon patron
Non jamais

En poète
Pour amener une autre dimension aux humains
Oui peut-être

En musicien
Pour faire oublier le terrible quotidien
Oui peut-être

En gardien de chèvres
Pour ne pas vivre dans les villes
Oui peut-être

En femme africaine
Pour soutenir l’Afrique
Oui certainement

En femme pakistanaise
Pour combattre les extrémistes de tout acabit
Oui certainement

En femme haïtienne
Pour recréer une république libre
Oui certainement

En…
Pour…
Oui, non, peut-être, certainement

J’ai l’éternité
Pour résoudre
Mon problème
Existentiel

Vous pouvez attendre
Longtemps
Ma décision



samedi, octobre 21, 2006

Salon funéraire

Photo du mur d'Hadrien lors d'un séjour en Angleterre
J'ai concocté un poème sarcastique sur un sujet très sérieux.
Salon funéraire
Je suis mort
Bel et bien décédé
Bien au chaud
Dans mon cercueil

Trois jours déjà
Dans mon repos éternel
Le temps du défilé
Des larmes arrive

Trente minutes
Avant l’ouverture officielle
S’amènent frères et sœurs
Timidement et religieusement

Mourir si jeune
À peine 64 ans
Retraité à peine
Quelle tristesse

L’année dernière
Une crise cardiaque
La deuxième cette année
Lui fut fatale

Un saule
Il avait voulu couper
L’an dernier
L’arbre l’a foudroyé

De la Grèce
À peine
Il revenait
Ruines en tête

Trop d’émotions
Trop de mémoires guerrières
Trop de mythes et légendes
Trop, c’est trop

Mon cœur a flanché
Ma conscience s’est envolée
Pleurez mes proches
Pleurez sur mes restes funèbres

Les morts ne reviennent pas
Je ne vous dis pas où je suis
C’est mon secret
Vivez votre vie avant de mourir votre mort

Ne mourez pas votre vie
Ne vivez pas votre mort
Mordez dans la vie
Vivez sans remords


jeudi, octobre 19, 2006

Mince à tout prix

Photo prise lors d'un séjour à Paris.
Probablement que cette jeune Sonia exprime dans son poème une réalité vécue : le culte de la minceur. On parle beaucoup au Québec de ce problème et un mouvement s'amorce pour rejeter ces canons de la beauté (i.e. de la maigreur) fort heureusement. Les femmes commencent à voir la manipulation dont elles sont victimes. Être bien dans sa peau, c'est ce qui compte!

Mince à tout prix
par Sonia


Ce mal omniprésent
Qui ronge mon existence
Cette peur constante
Qui me blesse à chaque instant

J'aimerais avoir la force
D'en finir pour de bon
Mais j'ai toujours cette peur
Qui étouffe mon bonheur

Je me sens faiblir
Je suis consciente
Que je gâche ma santé
Mais je persiste toujours
Je veux être mince à tout prix

Plus je maigris plus je veux maigrir
Et plus je maigris plus j'ai l'impression
D'être énorme
C'est une roue qui tourne
Qui nous entraîne
Dans un enfer insupportable

Je ne pense qu'à cela
C'est une idée qui m'obsède
Je veux ressembler à ces femmes
Qui réussissent à marier
La minceur et la beauté.

mercredi, octobre 18, 2006

Ne me sculptez pas




Ne me sculptez pas

Ne me lisez pas
Ne me passez pas au rayon X
Comprenez-moi bien quand je dis cela
C'est que je ne veux pas être un livre ouvert
Je n'aime pas que vous lisiez ces vers
Je suis de glace comme l'hiver

Je suis concrète trop souvent
Je suis poète à mes instants
Je virevolte comme le vent

Je ne veux pas être un livre ouvert
Je n'aime pas que vous lisiez ces vers
Je suis de glace comme l'hiver

Si je vous laisse parfois un goût amer
faisant des vagues comme la mer
Sachez chers gens et surtout gens chers
Que malgré tous les tourments que je vous ai fait subir
Et malgré tout ce que j'ai pu vous dire
Que sous mon air de militaire
Se cache un être à part entière
Coule un amour comme la rivière

J'aime l'humain sans condition
J'aime la terre avec passion
J'offre ma tendresse au compte-goutte
Mais ces gouttes sont gigantesques
Je vois la grandeur des petites choses
Cela a ses inconvénients
Je fais tout un plat pour pas grand chose

Je ne veux pas être un livre ouvert
Je n'aime pas que vous lisiez ces vers
Je suis de glace comme l'hiver

Je suis parfois un peu rebelle
J'ai l'esprit de contradiction
Je n'aime pas être sous tutelle
Le premier mot que j'ai dit c'est non
Je ne veux pas qu'on m'arrache les ailes
Je n'aime pas être en prison

J'ai mes principes, j'ai mes idées
Je suis de nature réaliste
Je suis une éternelle idéaliste
Je suis un être de contradiction
Je suis un être paradoxal
Je peux vous aimer, vous faire mal

Même si dans ce monde tout ne tourne pas rond
Même si dans ce monde rien ne va plus
J'aime l'humain sans condition
J'aime la terre avec passion
Je veux connaître votre prénom
Je souhaite entendre votre chanson



mardi, octobre 17, 2006

Trop tôt devenue femme


Cette photo a été prise à Montréal dans le Vieux Port où il y avait une exposition florale.

Je publie aujourd'hui le poème d'Anne-Marie, une étudiante qui exprime dans ses mots le vécu de plusieurs de ses collègues. À l'aube de leurs 17 ans, elles ont vécu déjà trop d'expriences, pas toutes heureuses. Je comprends la tristesse de ces jeunes qui ont basculé trop vite dans le monde adulte. La pression sociétale est tellement forte, hélàs!


Trop tôt devenue femme

Jeune fille
Trop tôt devenue femme
Tu vacilles
Telle une fleur qui se fane.

Tu as perdu ta jeunesse
Pour obtenir quelques caresses
Trop tôt tu t'es donnée
À celui qui disait t'aimer.

Tu te sens sale
Attisé par le désir
Il t'a fait mal
Il a eu son plaisir.

Aujourd'hui il est parti
Briser une autre vie
Toi, tu es seule dans la rue
Qu'es-tu devenue ?

Depuis tu fumes
Pour effacer l'amertume
Des souvenirs qui te hantent
Et de ces plaisirs qui te tentent.

Au bord de la démence
À l'aube de ton existence
Tu ne vis, ma jolie
Qu'en attendant la nuit.

Plus rien à découvrir
Lassée de tant souffrir
Tu lances ton dernier éclat de rire
Au moment de partir.

Dommage !

lundi, octobre 16, 2006

Sous observation

Photo : Lac Louise en Alberta, Canada

Il me surveillait depuis longtemps
Je le savais
Je traversai mon enfance sans me soucier de lui
Je ne savais pas qu’il existait
J’affrontai l’adolescence avec bien des soucis
Je me doutais qu’il existait

Je fonçai dans la vie adulte tout en m’étourdissant
Je le savais
J’arrivai à un certain âge sans pouvoir esquiver la confrontation
Je savais qu’il fallait attaquer
Cet autre qui me pourchassait
Sans se soucier des affronts qui m’attendaient


Il reprochait à mon je
de vivre des illusions
de vivre avec des béquilles
d’avoir peur du vide
de vivre en victime
de ne pas me protéger
de manquer d’écoute
de ne pas me croire intelligent
de manquer d’ordre
d’éviter le saut en hauteur
de vivre au premier degré
de croire aux mystères
d’accepter la mort

Je ne l’écoutais pas
Cet autre me harcelait
Il savait qu’un jour je comprendrais
Que cet autre est Je
Que je suis cet Autre



vendredi, octobre 13, 2006

Ainsi hoquetait mon épinette agonisante

Photo prise par moi-même, ce matin, le 13 octobre 2006, de mon épinette coupée.
Il y a 24 ans, mon fils Philippe revenait de l'école avec une jeune pousse que nous avions plantée dans un champ non cultivé qui fait désormais l'objet d'un développement urbain sauvage. Cet événement m'a inspiré ce poème, cri du coeur pour sauver la planète.

Je dis à qui veut m’entendre
Mon dégoût des développeurs urbains
À l’aube, ce matin, je me suis fait couper
Un terrain de stationnement avait besoin de mon espace

Je dis à qui veut m’entendre
Que j’avais le droit de vivre
Que je purifiais l’air sans massacrer la couche d’ozone
Que les oiseaux et les écureuils m’appréciaient
Que je faisais l’orgueil de celui qui m’avait planté
Que je trônais l’hiver comme un roi

Que dira l’enseignante qui avait donné ma jeune pousse
À cet écolier joyeux et fier de son cadeau
Entendrez-vous ses sanglots tristes et longs
Dénoncerez-vous ce bitume laid et polluant
Vomissez sur ce pseudo-progrès urbain
Criez, hurlez et comprenez ma détresse

Dans le paradis des épinettes mortes
Je maudirai sans fin l’auteur de ma coupe
Je regarderai la couche d’ozone se perforer davantage
Quand votre planète sera détruite
Ne venez pas pleurer dans mon paradis
Je ne demandais qu’à vivre
Est-ce trop demander à la bête humaine?